Colonisation de la pensée : art, économie et politique

Melanie Gilligan, Self Capital (image fixe), 2009, vidéo, 27 min. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Du 16 au 20 octobre 2012

Conception : Vincent Bonin, Marie J. Jean et l’équipe d’Épopée en collaboration avec le Festival du nouveau cinéma.

Le Québec traverse une crise sociale intense qui a débuté en février dernier avec la grève étudiante. Si la protestation reposait à l’origine sur le gel des frais de scolarité, elle est rapidement devenue un mouvement social aux dimensions multiples où les politiques et les attitudes néolibérales sont contestées. Dans ce contexte d’agitation sociale et politique, il nous semble important d’organiser des rencontres et d’encourager la discussion pour comprendre les effets du politique sur la société, l’art et les artistes. L’intention est de discuter des effets systémiques de l’économie et du politique en les analysant sous l’angle de leur impact social et également affectif (à l’intersection de la biopolitique et du capital).

Cette série d’événements a bénéficié de l’appui du Conseil des arts et des lettres du Québec.

Programme

MARDI 16 OCTOBRE, 19 H

Conférence de Melanie Gilligan
Présentation de son film Self Capital, 2009, vidéo, 27 min.

VOX, centre de l’image contemporaine, 2 rue Sainte-Catherine Est, Espace 401, Montréal, Québec. Nombre de places limité.

Self Capital de Melanie Gillian est un drame en plusieurs épisodes durant lesquels un personnage incarnant l’Économie personnifiée subit un traitement thérapeutique radical pour une condition psychologique aiguë provenant d’une récente fusion. Entièrement tournée à l’Institute for Contemporary Art, à Londres, cette vidéo en trois parties met en vedette une actrice qui joue tous les rôles : thérapeute et patiente, cliente et caissière. Comme patiente en thérapie, elle représente à la fois le système capitaliste dans son ensemble et une personne touchée par la crise économique actuelle. L’œuvre suit Économie mondiale, alias le corps social capitaliste, pendant qu’elle passe à travers une série de « techniques corporelles non orthodoxes », ce qui sous-entend non seulement que les effets de la crise, pertes d’emplois et mesures d’austérité gouvernementales par exemple, sont ressentis à un niveau matériel et corporel, mais aussi que les sujets psychologiques et politiques contemporains, taraudés par l’inquiétude, sont réduits aujourd’hui à leur matérialité corporelle et traités comme tels.


MERCREDI 17 OCTOBRE, 19 H

Conférences et discussions entre Erik Bordeleau (Montréal), Brian Holmes (Chicago), Santiago López Petit (Barcelone).

VOX, centre de l’image contemporaine, 2 rue Sainte-Catherine Est, Espace 401, Montréal, Québec. Nombre de places limité.

« Nous sommes dans une période où les déterminismes économiques s’intensifient plus que jamais. Pour les marchés financiers, « la performance » de toutes choses est scrutée et mesurée par leur rentabilité (autant pour le remboursement de la dette d’un pays que pour les profits projetés par une entreprise) et, de plus en plus, ces marchés s’imbriquent dans le monde social et capitaliste en général. Les résultats des marchés financiers mondiaux dirigent subtilement la politique à l’échelle mondiale et régionale puisqu’ils reflètent la prise de décisions de millions d’investisseurs qui ne sont contraint à aucune responsabilité sur les effets sociaux qu’ils génèrent. Le mantra social du capitalisme prône une rentabilité compétitive qui hypnotise les gouvernements et les forcent à sacrifier les besoins de leur population dans le but de conserver une économie active. Ici au Québec, le mouvement étudiant s’est opposé avec succès à la hausse des frais de scolarité, imposée par l’ancien gouvernement provincial, envoyant ainsi un message uni et puissant contre cette idéologie d’austérité qu’on adopte actuellement à travers le monde. Leur message était : « Non, nous ne laisserons pas le profit être la mesure de toutes choses ». De tels mouvements populaires contestataires sont absolument nécessaires afin de contrer les mesures sévères qui sont déployées dans le monde entier. » À partir des événements récemment survenus au Québec, Melanie Gilligan soulèvera des questions qui seront le point de départ des discussions entre les panélistes.


JEUDI 18 OCTOBRE, 19 H

Insurgence (titre provisoire/Working Title), 2012, 130 min.
Un film du groupe d’action en cinéma Épopée.

Cinéma Impérial dans le cadre du Festival du nouveau cinéma, 1432 Rue de Bleury, Montréal, Québec.

Documentaire sur la grande mobilisation sociale québécoise du printemps 2012. Lancé par une grève des étudiants pour l’accès à l’éducation, le mouvement s’est élargi pour inclure une résistance au gouvernement en place, à la violence et à l’impunité de la police de Montréal, à l’exploitation des ressources vierges et au système économique actuel.

La force du Printemps Érable se fonde dans l’anonymat. Elle fait fluer le commun à travers la dispersion, jusque dans la solitude des marcheurs. Chacun reconnaissant sa propre situation dans celle des autres, la résonance affective se transmue peu à peu en fusion. La répression ne défait que les collectifs encore sériels; le commun resurgit en essaim à chaque coin de rue. Insurgence documente à même la foule en marche cette grande mobilisation sociale qui a profondément transformé le paysage politique québécois.


SAMEDI 20 OCTOBRE, 13 H À 15 H

Insurgence et résonance
Rencontre avec des personnes d’ici et d’ailleurs pour discuter des mouvements politiques spontanés.

Casa del Popolo, 4873 Boulevard Saint-Laurent, Montréal, Québec

Loin du feu de brousse et de sa logique linéaire, la puissance créative et protéiforme qui anime les récents mouvements de contestation contre le néolibéralisme correspond, pour citer les auteurs de L’insurrection qui vient, à « quelque chose qui prend corps comme une musique, et dont les foyers, même dispersés dans le temps et dans l’espace, parviennent à imposer le rythme de leur vibration propre ». Car au cœur de l’insurgence, et au plus loin des images de désordre et de chaos entretenues à flots médiatiques tendus, chacun fait l’expérience d’une étrange alchimie : à la fois débordement vivifiant et subtile résonance entre les êtres — joie politique et sans cesse renouvelée du commun sensible et partagé. Comment concevoir, nourrir et accompagner cette puissance transformatrice — révolutionnaire — qui se communique à la fois à l’échelle mondiale et transindividuelle ? Comment être à la hauteur de ce que cette affirmation collective a d’irréversible, sans perdre de vue les dangers de la polarisation sociale?

La discussion sera lancée avec la présentation des « Pressentiments » du collectif Espai en blanc par Santiago López Petit. Elle sera animée par le collectif Épopée. Plusieurs acteurs du printemps érable, dont des membres de la Maison de la grève, seront sur place.