AVANT-GARDE(S)
Du Lexique Chto Delat? (2014)

Le philosophe socialiste français Claude-Henri de Saint-Simon a introduit le concept de l’avant-garde dans son livre de 1825, Opinions littéraires, philosophiques et industrielles : « C’est nous, artistes, qui vous servirons d’avant-garde : la puissance des arts est en effet la plus immédiate et la plus rapide. Nous avons des armes de toute espèce : quand nous voulons répandre des idées neuves parmi les hommes, nous les inscrivons sur le marbre ou sur la toile […] »1

Dès ses débuts, Chto Delat s’est proposé de revisiter le concept d’avant-garde, à la suite d’un débat ayant semé la confusion pendant plus d’un siècle :

Nous nous proposons de reprendre la discussion sur l’avant-garde, mais en procédant à une lecture différente de sa composition : une lecture qui situe le potentiel politique de l’art non seulement au sein de l’autonomie de l’expérience esthétique, mais aussi au sein de l’autonomie de l’art telle qu’ancrée dans le contexte social. Nous sommes d’avis que de reconnaître la dimension politique de l’art d’avant-garde sans en considérer l’engagement envers des idées amoindrirait les deux concepts, autant que le fait de penser l’avant-garde comme une pure innovation formelle, une innovation qui se serait matérialisée dans le simple cadre de la production artistique. Par conséquent, le radicalisme de l’art ne peut être réduit au lien qui associe ce dernier à des impératifs sociaux ou politiques ou à l’innovation stylistique ou formelle ; il doit également être appréhendé par le biais de sa force poïétique, de sa capacité à remettre en question et déstabiliser les notions mêmes de politique, de social, de culturel et d’artistique.

1. Claude Henri de Saint-Simon, Opinions littéraires, philosophiques et industrielles, Paris, Galerie de Bossange Père, 1825, p. 341.

 

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