Créer à rebours vers l’exposition : le cas d’Aurora Borealis

Aurora Borealis, entrée Place du Parc, 3575 avenue du Parc, Montréal, 1985. Centre international d’art contemporain de Montréal.

Crédit : Denis Farley.

Vue de l’exposition Créer à rebours vers l’exposition : le cas d’Aurora Borealis, VOX, du 18 novembre 2016 au 18 mars 2017.

Crédit : Michel Brunelle.
2016.11.18 - 2017.03.18

Commissaires
Marie J. Jean et Claudine Roger

En collaboration avec Denis Farley

Vernissage le 18 novembre 2016 à 17 h



VOX tient à remercier pour leur précieuse contribution René Blouin, Vincent Bonin, Geneviève Cadieux, Pierre Dorion, Denis Farley, Paul Gauvin, Claude Gosselin, Angela Grauerholz, Lesley Johnstone, Dominique Mousseau, Rober Racine, Normand Thériault, David Tomas, ainsi que le Centre international d’art contemporain de Montréal, CIBL, le Musée d’art contemporain de Montréal et Vidéographe.

Créer à rebours vers l’exposition : le cas d’Aurora Borealis

MARIE J. JEAN ET CLAUDINE ROGER

« Concevant et présentant une installation, l’artiste participe du même coup à un curieux phénomène : il accepte de faire partie d’une histoire de l’art imaginaire. Non pas celle d’André Malraux, mais celle de ses propres œuvres qui deviennent, pour leur malheur, réellement imaginaires1 ». Cette histoire, poursuit Rober Racine, prend la forme de commentaires sur les œuvres qui pourront toujours être réactualisées par le discours critique à partir de leur documentation. Car les œuvres, sous la forme d’expositions éphémères, ne seront plus que de vagues souvenirs servant de démonstrations à ces discours. Elles sont ainsi réduites à performer publiquement leur propre disparition, déplore l’artiste, puisque seuls persisteront les images, les mots et les souvenirs de ce qu’elles ont été au moment de leur exposition.

S’il est vrai que l’installation a été dès son origine perçue comme une pratique éphémère et intrinsèquement associée à son lieu d’énonciation, l’histoire semble contredire Rober Racine puisque, soumis aux contraintes de la conservation et de la marchandisation, les artistes puis les commissaires d’exposition ont réinstallé, réactivé, reconstitué et réexposé des œuvres. Aujourd’hui, a posteriori, nous pouvons affirmer qu’il y a eu un futur de l’installation. Notre intention est de faire retour sur cette histoire en étudiant le cas d’Aurora Borealis, une exposition emblématique de l’histoire de l’art du Québec, organisée par René Blouin, Claude Gosselin et Normand Thériault qui, en 1985, ont invité trente artistes canadiens à réaliser des installations pour une durée de cent jours visant à réfléchir sur l’art contemporain.

Cette première exposition documentaire consacrée à Aurora Borealis se présente comme l’amorce d’un vaste chantier de recherche sur l’histoire et le devenir des expositions au Québec que nous mènerons à VOX jusqu’en 2020. Les images de vue d’exposition occuperont une part essentielle de ce projet de recherche avec l’objectif de soulever plusieurs questions qui lui sont corrélatives : quels sont leurs usages dans la recherche, la pratique et l’histoire des expositions? Comment la mise en image, dont l’exposition fait largement l’objet, a-t-elle des incidences sur la pratique, la diffusion et la théorie de l’art? Comment les documentaristes ont-ils peu à peu pris en considération le contexte et le cadre institutionnel contribuant à la présentation des œuvres? À quel moment sont apparues les vues d’exposition dans les publications? Comment ce matériau documentaire est-il utilisé aujourd’hui pour établir des relations historiques et narratives dans une exposition? Et comment sert-il à la réflexion autocritique des artistes?

C’est donc à rebours, tel que le prescrivait déjà Rober Racine, que nous souhaitons étudier cette exposition exemplaire à partir de sa documentation réalisée par Denis Farley, Paul Gauvin et les artistes, de sa publication, et des multiples récits qui ont constitué sa trame narrative en plus de trente ans. Nous suivrons ainsi les traces des multiples réactivations d’Aurora Borealis afin de mieux comprendre comment les récits à son propos ont pris forme. Car comme l’affirmait avec justesse François Dosse : « Tout discours sur un événement véhicule, connote une série d’événements antérieurs, ce qui donne toute son importance à la trame discursive qui les relie dans une mise en intrigue.2 » Et si cette intrigue se prolonge ainsi, c’est parce qu’elle est la projection d’un futur remémoré, toujours en cours d’élaboration.

1. Tiré de « Créer à rebours vers le récit », auquel renvoie le titre de cette série d’expositions, essai rédigé par Rober Racine en 1983 et publié en 1987, en version abrégée dans Parachute, sept.-oct.-nov. 1987, pp. 33-35.
2. François Dosse, « Reinhart Koselleck entre sémantique historique et herméneutique critique », 2009. URL : www.cairn.info/historicites–9782707156792-page-115.htm. Consulté le 16 juillet 2015.

Aurora Borealis (1985)

Premier événement du Centre international d’art contemporain de Montréal, présenté du 15 juin au 30 septembre 1985 à la Place du Parc, au 3575 avenue du Parc à Montréal.

Artistes : Robert Adrian, Jocelyne Alloucherie, Geneviève Cadieux, Ian Carr-Harris, Melvin Charney, Robin Collyer, Tom Dean, Pierre Dorion, Andrew Dutkewych, Gathie Falk, Michael Fernandes, Vera Frenkel, General Idea, Raymond Gervais, Betty Goodwin, Pierre Granche, Noel Harding, Liz Magor, John Massey, John McEwen, Allan McWilliams, Claude Mongrain, Rober Racine, Henry Saxe, Michael Snow, David Tomas, Renée Van Halm, Jeff Wall, Irene Whittome, and Krzysztof Wodiczko

Commissaires : René Blouin, Claude Gosselin et Normand Thériault