Créer à rebours vers l’exposition : le cas de Périphéries

Vue de l’exposition Périphéries, Musée d’art contemporain, Cité du Havre, Montréal, 1974.

Crédit : Office du film du Québec.
2017.04.13 - 06.23

Commissaires
Marie J. Jean et Claudine Roger

Vernissage le 13 avril 2017 à 17 h

VOX tient à remercier pour leur précieuse contribution René Blouin, Suzy Lake, Alex Neumann, Chantal Pontbriand, Fernande Saint-Martin, Serge Tousignant, Bill Vazan, Artexte, le Musée d’art contemporain de Montréal, la bibliothèque de l’Université Concordia (Fonds Véhicule Art) et la Cinémathèque québécoise (Fonds PRIM d’art vidéo).

Créer à rebours vers l’exposition : le cas de Périphéries

Dans le cadre de son vaste chantier de recherche sur l’histoire et le devenir des expositions au Québec, VOX présente une deuxième exposition documentaire consacrée cette fois-ci à Périphéries.

Périphéries est significative pour l’histoire de l’art du Québec parce qu’elle témoigne, sans doute pour la première fois, de l’ouverture du Musée d’art contemporain à un art plus
« expérimental », aux formes éclatées, en phase avec les recherches artistiques menées sur la scène internationale. En plus d’avoir suscité de vives réactions dans la presse, dont celle du critique d’art Gilles Toupin qui avait intitulé son article : Attention ! Attention ! les barbares entrent au musée1, elle a complètement déconcerté le milieu de l’art québécois. Malgré cet accueil pour le moins mitigé, le Musée récidivait l’année suivante en présentant l’exposition Québec 75, laquelle réunissait des artistes pratiquant un art multidisciplinaire aux approches esthétiques controversées.

À l’image des événements organisés par Véhicule Art, l’ouverture de Périphéries fut aussi marquée par des manifestations artistiques comprenant les performances de Tom Dean et de Françoise Sullivan, la projection d’un film de Francine Larrivée et même de la poésie. S’ajoutait au programme le lancement du livre Contacts de Bill Vazan, dont les pages originales étaient exposées à l’étage inférieur du Musée.

1. Gilles Toupin, « Attention ! Attention ! les barbares entrent au musée », La Presse, 23 février 1974, p. C-15.

Périphéries (1974)

Présentée au Musée d’art contemporain, à la Cité du Havre, du 17 février au 23 mars 1974, l’exposition réunissait les œuvres d’une toute nouvelle génération d’artistes membres de Véhicule Art : Allan Bealy, Jean-Serge Champagne, Gary Coward, Tom Dean, Jean-Marie Delavalle, François Déry, Andrew Dutkewych, John Heward, Suzy Lake, Henry Lehmann, Dennis Lukas, Kelly Morgan, Gunter Nolte, Jean-Guy Prince, Françoise Sullivan, Serge Tousignant et Bill Vazan.

Organisée par Alain Parent, directeur des expositions au Musée d’art contemporain, en collaboration avec Véhicule Art, l’exposition fut l’occasion de présenter différentes tendances de l’art actuel que l’on regroupait à cette époque sous le terme d’art post-conceptuel : art pauvre, land art, body art, mail art, etc. « Bande sonore, film, diapositives, photographies, accumulation d’objets, découpages, manifestations, Périphéries était ouverte à toute technique et à tout médium. Le point commun, à la base de cette exposition, réside dans l’attitude adoptée par la plupart des artistes, attitude qui vise plus à mettre à jour et à analyser les mécanismes du travail artistique qu’à offrir une œuvre régie par des règles esthétiques bien définies1 » déclarait Chantal Pontbriand, l’auteure du texte principal de la publication qui accompagnait l’exposition.

1. Chantal Pontbriand, « Périphéries au Musée d’art contemporain », Vie des Arts, no 75 (été 1974), p. 60-61.

Véhicule Art

Véhicule Art (Montréal) Inc. fut fondé en mars 1972 sous l’égide de treize artistes souhaitant mettre en place un espace d’exposition parallèle différent des lieux traditionnels de diffusion (les musées et les galeries commerciales), un espace
« ouvert et disponible à toutes les formes d’art en évolution et qui serait un endroit actif et vital pour les artistes et le
public1 ». Véhicule Art a ouvert ses portes pour la première fois au public le 13 octobre 1972, au 61, rue Sainte-Catherine Ouest, et s’est positionné rapidement sur les scènes artistiques locale et internationale en raison de ses nombreuses activités et de la présence active de ses membres à divers événements, festivals et expositions. Véhicule Art s’est aussi fait connaître grâce aux différents secteurs d’activités professionnelles dans lesquels le groupe était impliqué, étant à la fois un espace d’exposition alternatif, une entreprise d’impression (Presses Véhicule) ainsi qu’un centre de services à l’usage des vidéastes et même de location de vidéos (Vidéo Véhicule). Véhicule Art a également mis sur pied un centre de documentation ainsi qu’une banque de diapositives et de vidéocassettes sur l’art contemporain local et international (Art Data), et ce, afin de permettre aux étudiants et aux gens du milieu artistique de se renseigner sur l’actualité de la production en arts visuels.

1. Collectif Véhicule Art, Lettres patentes de la fondation de Véhicule Art (Montréal) Inc., Fonds P027, Service des archives de l’Université Concordia. Artistes fondateurs : Gary Coward, Tom Dean, Jean-Marie Delavalle, François Déry, Andy Dutkewych, Suzy Lake, Dennis Lukas, Kelly Morgan, Gunter Nolte, Milly Ristvedt, Henry Saxe, Serge Tousignant et Bill Vazan.

Catalogue

« Périphéries souligne des attitudes définies par quelques artistes montréalais qui ont voulu mettre à jour des recherches actuelles. […] Leur point de vue est celui d’une sensibilité qui s’affirme au niveau du « village global ». Périphéries n’encadre pas ces idées mais cherche à les approfondir, à les étendre et à les faire connaître. »

— Chantal Pontbriand, Catalogue de l’exposition « Périphéries », Montréal, Véhicule art inc., 1974, p. 7.


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