Des espèces d’espaces

Jocelyne Alloucherie, Monument, 2003, impression numérique, 125 x 220 cm. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Nicolas Baier, Frise, 2003, impression numérique, tirage Lambda. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Jordi Colomer, Le Dortoir (extrait), 2002, installation vidéo, 10 min. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Anna Ferrer, La Caixa, Barcelona, 2001, épreuve couleur, 142 x 164 cm. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Alain Paiement, Réserve, 2003, impression numérique, 409 x 287 cm. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Perejaume, El plenairista (extrait), 2000, vidéo, 15 min 36 s. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Xavier Ribas, de la série Salamanca. Un proyecto fotografico, 2002, épreuve couleur. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Claire Savoie, Déjà (extrait), 2001, vidéo. Avec l’aimable permission de l’artiste.

 

Crédit : Pierre Castonguay

Vue de l’exposition Des espèces d’espaces, VOX, du 19 juin au 17 août 2003.

Crédit : Denis Farley.

Vue de l’exposition Des espèces d’espaces, VOX, du 19 juin au 17 août 2003.

Crédit : Denis Farley.

Vue de l’exposition Des espèces d’espaces, VOX, du 19 juin au 17 août 2003.

Crédit : Denis Farley.

Vue de l’exposition Des espèces d’espaces, VOX, du 19 juin au 17 août 2003.

Crédit : Denis Farley.

Vue de l’exposition Des espèces d’espaces, Tinglado 2, Centre d’art contemporani, Tarragona, Espagne, du 17 octobre au 14 décembre 2003.

Vue de l’exposition Des espèces d’espaces, Tinglado 2, Centre d’art contemporani, Tarragona, Espagne, du 17 octobre au 14 décembre 2003.

2003.06.19 - 08.17

Jocelyne Alloucherie, Nicolas Baier, Jordi Colomer, Anna Ferrer, Alain Paiement, Perejaume, Xavier Ribas et Claire Savoie

Commissaires
Chantal Grande et Marie-Josée Jean

Vernissage le jeudi 19 juin 2003


L’exposition sera également présentée au Tinglado 2, Centre d’art contemporani, Tarragona, Espagne, du 17 octobre au 14 décembre 2003, en collaboration avec le COPEC, Culture de Catalogne et la Mairie de Tarragone.

CHANTAL GRANDE ET MARIE-JOSÉE JEAN

Je mets un tableau sur un mur. Ensuite j’oublie qu’il y a un mur. […] Je ne sais plus que dans mon appartement, il y a des murs, et que s’il n’y avait pas de murs, il n’y aurait pas d’appartement. Le mur n’est plus ce qui délimite et définit le lieu où je vis, ce qui le sépare des autres lieux où les autres vivent, il n’est plus qu’un support pour le tableau. Mais j’oublie aussi le tableau, je ne le regarde plus, je ne sais plus le regarder. J’ai mis le tableau sur le mur pour oublier qu’il y avait un mur, mais en oubliant le mur, j’oublie aussi le tableau. Georges Perec

Chacun de nous est circonscrit par son espace de vie. Ses configurations, matérialisées par les murs, les habitations, les édifices, les rues, les villes, les banlieues, ordonnent nos déplacements et nous situent dans un contexte précis. L’espace est ainsi constitué de divisions tangibles ou virtuelles qui posent également les limites entre intérieur et extérieur, public et privé, urbanité et nature. Or ces divisions sont devenues le plus souvent invisibles au regard, on ne sait plus regarder l’espace qu’elles forment, insiste Georges Perec dans un ouvrage désormais célèbre et auquel cette exposition emprunte son titre éloquent1. De fait, on n’aperçoit que très rarement ses lignes de démarcation, ses points de rencontre, ses étendues ou ses itinéraires multiples. Il nous faudrait alors, pour les apercevoir, « changer continuellement, soit de mur, soit de tableau », poursuit Perec, ou encore « mettre sans cesse d’autres tableaux sur les murs, ou tout simplement changer le tableau de mur »2. Il nous faudrait, pour le dire autrement, défier cette transparence causée par l’habitude et voir l’espace différemment.

La culture moderne a fait grand cas de la notion de « transparence », celle qui rend visible la structure des choses ou encore celle qui laisse paraître la réalité tout entière. L’architecture moderne, en l’occurrence, a privilégié l’usage du verre, préoccupée qu’elle a été par la négation du mur ou, plutôt, par sa neutralisation en tant que suture entre le dedans et le dehors. On ne regarde pas le bâtiment, disait Dan Graham, on regarde à travers3. L’artiste américain s’est assidûment intéressé au problème de la fluidité entre intérieur et extérieur en révélant le langage utopique, essentiellement fonctionnel et matériel, propre aux recherches de plusieurs architectes modernes. Ses essais et ses travaux ont permis de jeter un regard autre sur les édifices translucides, nous faisant réaliser que, le plus souvent, les surfaces de verre réfléchissent un jeu infini d’images où le paysage et les citadins se reproduisent. Les murs de verre se transforment alors en des écrans véritables sur lesquels se projette le film continuel, en temps réel, de la vie urbaine.

Le travail d’exposition, de mise à jour de l’espace, le travail, pour le dire autrement, d’analyse de la visibilité des choses matérielles nous entourant est le fil conducteur de cette exposition. À l’instar de Dan Graham, nous décelons, dans les travaux et essais visuels des artistes ici présentés, la volonté de nous faire voir l’espace dans lequel nous vivons et circulons, en y inventant de nouveaux rapports ou en y portant un regard critique. La relation de l’individu à son habitat a fait l’objet de plusieurs études, elle a été traitée dans ses multiples facettes –documentaire, anthropologique, sociale, esthétique, etc.– mais elle se renouvelle de façon cyclique suivant les changements sociaux et culturels qui marquent la transformation de nos rapports aux espaces. L’espace nous englobe, il se déploie alentour, tout autour de nous, mais il est aussi inscrit en nous et, subtilement, il agit tel le vecteur de notre rapport au monde. Il s’insère en nous par le regard d’abord, qui nous rattache à lui par un fil visuel. Imaginez que des pointillés seraient tracés au sol selon les déplacements que vous effectuez dans une journée. Ce tracé manifesterait votre détermination à vous rendre à un endroit précis. Imaginez maintenant que ce tracé pointillé se superpose aux tracés de milliers d’individus qui ont parcouru un itinéraire similaire et alors vous réalisez toutes les rencontres qui auraient pu se concrétiser si vous aviez emprunté un parcours différent ou si le temps avait été synchronisé autrement. Le regard que nous posons sur l’espace, celui qui détermine nos déplacements, est également l’espace que nous sommes, l’espace que nous devenons. Regarder l’espace, le retracer, l’interroger ou encore plus simplement, l’expérimenter : voilà le projet et l’ambition des espèces d’espaces exposés dans cet itinéraire.

1. Georges Perec, Espèces d’espaces, Paris, Éditions Galilée, 2000, 1re éd. 1974.
2. Op. cit., p. 77.
3. Cité par Alain Charré, « L’insituable architecture de Dan Graham », Dan Graham, Éditions Dis Voir, 1995, p. 12.

Publication

Des espèces d'espaces

Chacun de nous est circonscrit par son espace de vie. Ses configurations, matérialisées par les murs, les habitations, les édifices, les rues, les villes, les banlieues, ordonnent nos déplacements et nous situent dans un contexte précis…

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Journal # 07 - 06.2003

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