Nelson Henricks

Nelson Henricks, Les Sirènes / The Sirens, détail, 2008, installation multimédia, dimensions variables. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Nelson Henricks, Les Sirènes / The Sirens, détail, 2008, installation multimédia, dimensions variables. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Nelson Henricks, Les Sirènes / The Sirens, détail, 2008, installation multimédia, dimensions variables. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Nelson Henricks, Compte à rebours / Countdown, détail, 2009, installation multimédia, dimensions variables. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Nelson Henricks, Échec / Failure, détail, 2009, installation multimédia, dimensions variables. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Nelson Henricks, Échec / Failure, détail, 2009, installation multimédia, dimensions variables. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Nelson Henricks, Échec / Failure, détail, 2009, installation multimédia, dimensions variables. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Vue de l’exposition Nelson Henricks, VOX, du 7 novembre au 19 décembre 2009.

Crédit : Michel Brunelle.

Vue de l’exposition Nelson Henricks, VOX, du 7 novembre au 19 décembre 2009.

Crédit : Michel Brunelle.

Vue de l’exposition Nelson Henricks, VOX, du 7 novembre au 19 décembre 2009.

Crédit : Michel Brunelle.

Vue de l’exposition Nelson Henricks, VOX, du 7 novembre au 19 décembre 2009.

Crédit : Michel Brunelle.

Vue de l’exposition Nelson Henricks, VOX, du 7 novembre au 19 décembre 2009.

Crédit : Michel Brunelle.

Vue de l’exposition Nelson Henricks, VOX, du 7 novembre au 19 décembre 2009.

Crédit : Michel Brunelle.
2009.11.07 - 12.19

Nelson Henricks

Vernissage le 7 novembre 2009

MONIQUE MOUMBLOW

Les images dans les vidéos de Nelson Henricks m’ont toujours séduite. Ce sont des images somptueuses, souvent filmées sur pellicule, et montées de manière envoûtante, captivante. En regardant les œuvres qui seront présentées à VOX, je réalise que plus de la moitié des plans montrent des objets filmés de très près, qui occupent toute la surface de l’écran. Certains de ces articles sont banals, une tasse par exemple, alors que d’autres, comme un couteau, sont plus évocateurs. Plusieurs d’entre eux semblent provenir d’une autre époque, tandis que certains – des mains, des guitares et des tourne-disques, entre autres – réapparaissent fréquemment. Sans vraiment y penser, je dresse une liste, notant soigneusement tout ce qui apparaît dans Les Sirènes, Échec et Compte à rebours.

Le 31 août 2009, Nelson et moi procédons à une sorte d’exercice d‘association libre à partir de la liste que j’ai préparée. Je ne sais pas vraiment ce que j’ai en tête, mais je me sens inexplicablement poussée à inventorier tous ces objets. Quand j’arrive chez Nelson, nous passons au salon et nous asseyons sur le divan. Nous prenons une tasse de thé et il suit plus ou moins les règles que j’ai établies. Au fur et à mesure que je nomme les articles sur la liste, il me répond par un mot en essayant de ne pas trop y penser. Nous ne faisons aucune révision.

YEUX PIERRE
LUNETTES MOI
OREILLES ENTENDRE
TORSE SEXY
TOURNE-DISQUE DISQUE
POINTE DE LECTURE CREUSER
BARBE PÈRE
RASOIR MÈRE
MOLLETS SEXY
CHAUSSURES DE COURSE USAGÉES
RIDEAU NOIR QUE CACHE-T-IL
ÉCLAIRAGE PHOTO POINTER
VISAGE OUVERTURE
AMPLIFICATEUR MUSIQUE
FOURCHETTE POIGNARDER
HAUT-PARLEUR BOUCHE
CUILLÈRE NOURRIR
MONITEUR LUMIÈRE
AIGUILLES PERÇAGE
VERRE À VIN FRACASSER
DOIGTS TAPOTER
GUITARE ACCORD
COUTEAU COUPER
TATOUAGE PEAU
ROULEAU DE PELLICULE SPIRALE TOURNOYANTE
TASSE À DEMI PLEINE
MICROPHONE LÈVRES
PAPIER COUPER
GORGE ALLONGÉE
CLAQUETTE FIN
PROJECTEUR À DIAPOS CLIQUETIS
INTERRUPTEUR ÉTEINT
PRISE FICHE
VU-MÈTRE FLUCTUER
DISQUE TOURNER
PROJECTEUR LUMIÈRE
BADGE POLICE
MÈTRE À RUBAN TIRER
LIVRE PLAISIR DU TEXTE
AGENDA CACHÉ
BIBLE AVANT
CONTENANT DE PÉTROLE PANNE AU BORD DE LA ROUTE
CRÈME HYDRATANTE MAINS
HORLOGE TEMPS
BALANCE MESURE
CARTE EMPLACEMENT
BANDE VIDEO DÉBOBINER
AFFICHE MUR
CALCULATRICE NUMÉRIQUE
RÈGLE MESURE
TASSE À MESURER CUISINER
BOÎTIER DE PELLICULE SUPER 8 VIDE
OBJET NON IDENTIFIÉ MYSTÉRIEUX
CLAVIER JOUER
BOÎTE D’ŒUFS NOURRITURE
BILLET DE DIX DOLLARS ARGENT
TÉLÉPHONE APPEL
CHARGEUR DE PELLICULE SUPER 8 POSSIBILITÉ
ESCABEAU GRIMPER
CARTE À JOUER GRAND-MÈRE
SAC À ORDURES DÉCHETS
JEU
CUBE DE CONSTRUCTION ENFANCE
3 SECONDES DE VIDE ATTENDRE

 

Une fois la liste terminée, nous finissons par parler de la difficulté d’écrire. Je mentionne un autre texte sur lequel je travaille qui me donne du fil à retordre. Avec l’humour pince-sans-rire qu’on lui connaît, Nelson me suggère d’ajouter de très longues notes de bas de page. Je pourrais ensuite dire à tout le monde qu’il s’agit d’une stratégie postmoderne. Bien que, dans les faits, cela m’éviterait aussi d’avoir à revoir mon texte complètement1.

Nous nous disons bonsoir et je rentre à pied à la maison. Une fois arrivée, je relis la liste à quelques reprises. Elle me plaît. On dirait un lexique secret, personnel, ou une série de pictogrammes tout à fait capables d’exister par eux-mêmes. Hormis quelques répétitions, comme les mots « couper », « lumière », « mesure » et « sexy », je ne suis pas certaine de savoir comment les incorporer à un texte sur les œuvres présentées à VOX.

Le 18 septembre 2009, je retourne chez Nelson. Il prépare du café et nous nous asseyons dans la cuisine pour causer.

À un moment donné, il mentionne qu’un très gros plan d’une tasse peut être plus intéressant qu’un plan d’ensemble de la cuisine. D’emblée, cela me semble étrange, mais je peux voir comment l’objet devient instantanément plus tactile grâce à ce changement d’échelle. On peut s’imaginer en train de toucher la surface lisse et argentée de la cuillère ou de tenir le billet de dix dollars entre ses doigts.

Les objets sont générateurs de souvenirs. Un tourne-disque peut évoquer le tout premier microsillon que vous avez acheté; une carte géographique, vous rappeler un voyage en Italie en 1993. Cette tasse à mesurer a peut-être déjà appartenu à un ex-amoureux et s’est frayée un chemin jusque chez vous sans que vous vous rappeliez comment. La plupart des objets durent plus longtemps que le souvenir que nous gardons des événements. Le désir de les collectionner est une assurance contre l’oubli. Dans ce contexte, la liste dressée à partir des bandes de Nelson semble incroyablement efficace, comme des archives d’objets familiers, une série de raccourcis, que l’on peut se rappeler et utiliser au besoin.

Dans Échec, nous voyons un plan général d’une pièce avec un grand rideau noir. L’image est déstabilisante. Au lieu des petits espaces auxquels nous sommes habitués, nous nous trouvons soudainement dans une pièce immense, un théâtre, peut-être, ou un atelier. Nelson, l’artiste-professeur, fait son apparition. Son corps entier est visible, et non seulement des parties sectionnées, comme une jambe, le visage ou un pied. Il déambule dans la pièce pendant un instant, tentant de trouver sa place. Une musique se fait entendre et il se met alors à se déplacer d’une drôle de manière d’un côté à l’autre de l’écran. La scène est interrompue par l’apparition d’une fiche aide-mémoire sur laquelle sont écrits les mots « Impoverished Aesthetics » (esthétique appauvrie), lesquels se prêtent à de multiples interprétations. La séquence ne dure que quelques secondes. Il s’agit d’une courte prestation publique, une toute petite danse sur l’échec et l’humiliation.

Dans la séquence suivante, Nelson est étendu sur son lit et fixe le plafond. Nous sommes maintenant de retour à la maison. La séquence précédente semble très lointaine. Nous avons été ramenés dans un monde de gros plans, d’espaces intimes, d’objets et de souvenirs.

1. Cette nuit-là, j’ai fait un rêve très étrange. J’avais acheté un logiciel de traitement de texte qui non seulement était capable de corriger l’orthographe, mais qui comportait aussi un filtre incroyable qui corrigeait les fautes de style. Il pouvait signaler quelles parties du texte étaient répétitives, si certains adjectifs étaient incorrectement utilisés ou si la structure du texte manquait de cohérence. Il contenait même un filtre qui pouvait raccourcir les passages trop longs et souligner les parties ennuyeuses. Le programme était si puissant que vous n’aviez qu’à y glisser-déposer votre fichier et il générerait automatiquement une prose impeccable.

Biographie

Nelson Henricks

Nelson Henricks (1963) est un artiste, écrivain et commis­saire canadien originaire de l’Alberta qui vit et travaille à Montréal. Sa pratique examine le concept de travail sous l’angle de la représentation et de l’esthétique…

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Journal # 31 - 11.2009

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