Bill Vazan. Walking into the Vanishing Point

Bill Vazan, Intercommunication Lines, 1968/2002, encre sur carte géographique, 82,2 x 113 cm. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Crédit : Michel Brunelle.

Bill Vazan, Summer Square in a Autumn Beach, Plattsburgh, N.Y., 1970, épreuve couleur, 14 x 22 cm. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Bill Vazan, Lifeline, détail, 1970-1972, 1 000 cartes postales, dimensions variables. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Bill Vazan, Lifeline, détail, 1970-1972, 1 000 cartes postales, dimensions variables. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Bill Vazan, Yonge Street Walk, détail, Toronto, 1969/1972, 163 diapositives Ektachrome. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Bill Vazan, Walking into the Vanishing Point, Northward on St-Laurent, détail, Montréal, 13 juin 1970, 60 épreuves à la gélatine argentique, 10,2 x 15,2 cm chacune. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Bill Vazan, Walking into the Vanishing Point, Northward on St-Laurent, détail, Montréal, 13 juin 1970, 60 épreuves à la gélatine argentique, 10,2 x 15,2 cm chacune. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Bill Vazan, Walking into the Vanishing Point, Northward on St-Laurent, détail, Montréal, 13 juin 1970, 60 épreuves à la gélatine argentique, 10,2 x 15,2 cm chacune. Avec l’aimable permission de l’artiste.

Vue de l’exposition Bill Vazan. Walking into the Vanishing Point, VOX, du 5 mai au 23 juin 2007.

Crédit : Michel Brunelle.

Vue de l’exposition Bill Vazan. Walking into the Vanishing Point, VOX, du 5 mai au 23 juin 2007.

Crédit : Michel Brunelle.

Vue de l’exposition Bill Vazan. Walking into the Vanishing Point, VOX, du 5 mai au 23 juin 2007.

Crédit : Michel Brunelle.

Vue de l’exposition Bill Vazan. Walking into the Vanishing Point, VOX, du 5 mai au 23 juin 2007.

Crédit : Michel Brunelle.

Vue de l’exposition Bill Vazan. Walking into the Vanishing Point, VOX, du 5 mai au 23 juin 2007.

Crédit : Michel Brunelle.

Vue de l’exposition Bill Vazan. Walking into the Vanishing Point, VOX, du 5 mai au 23 juin 2007.

Crédit : Michel Brunelle.
2007.05.05 - 06.23

Bill Vazan

Commissaire
Marie-Josée Jean

Vernissage le 5 mai 2007

Cette exposition est le résultat d’une formation visant à initier des étudiants en histoire de l’art de l’Université du Québec à Montréal à la conception et à l’organisation d’une exposition.

Assistance au commissariat d’exposition : Saada El-Akhrass, Catherine Héroux et Eugénie Marcil. Financement : Pascale Gagnon-Boucher et Élisa Mottard. Recherche et documentation : Justine Lebeau et Geneviève Loiselle. Logistique : Daniel Gagnon. Coordination du Journal : Laurence Beaumier-Breton. Circulation de l’exposition : Huguette Laperle. Promotion et relations de presse : Jacinthe Blanchard-Pilon et Marie-Josée Roch. Animation : Andréanne C.-Desfossés.

Itinéraire conceptuel

MARIE-JOSÉE JEAN

La pratique de Bill Vazan est généralement associée au land art et aux montages photographiques. Pourtant, dès la fin des années 1960, cet artiste élabore un langage conceptuel singulier et réalise des oeuvres emblématiques qui, jusqu’à présent, n’ont pas fait l’objet d’une attention particulière. Soucieux de poursuivre la recherche amorcée sur le conceptualisme, à la suite de la présentation de la N.E. Thing Co. et de Iain Baxter&, il nous a semblé essentiel d’organiser la première exposition consacrée au travail conceptuel de Bill Vazan. Cette exposition présente des oeuvres inédites, des expérimentations vidéographiques et un appareil documentaire important. Elle a été réalisée avec la complicité d’étudiants en histoire de l’art de l’Université du Québec à Montréal dans le cadre d’une formation qui a permis de les initier aux multiples aspects de la conception et de l’organisation d’une exposition.

Depuis la fin des années 1960, Bill Vazan réalise des itinéraires à pied et en voiture, des tours en autobus ou des circuits en métro tant à Montréal qu’à Toronto. Cette entreprise de nature performative prend la forme de séquences photographiques, constituées parfois d’une centaine de prises de vue, de cartes retraçant le parcours accompli et de notations. Les photographies sont toujours réalisées selon un protocole systématique (prises à tou­tes les intersections, à chaque arrêt d’autobus, etc.), imitant rigoureusement les caractéristiques de la photographie amateur : cadrage approximatif, reflets et interférences indésirables, indifférence à l’éclairage. Cette manière de faire a le mérite de diriger l’attention sur le processus et de rendre visibles, du moins palpables, le temps et l’espace expérimentés dans les parcours. Contrairement à sa pratique du land art qui donne lieu à des images scrupuleusement réfléchies et composées, Bill Vazan cherche à saisir dans ses déplacements une expérience immédiate où l’observation et l’enregistrement se font simultanément. La marche ou tout autre déplacement, indissociable de l’acte photographique, représente donc pour Bill Vazan une tentative conceptuelle de transformer la distance entre deux points en la matière même de l’œuvre.

Cette action locale se développera à une échelle mondiale lorsque l’artiste entreprend la réalisation des projets Canada Line (1969-1970), Worldline (1969-1971) et Intercommunication Lines (1968/2002), lesquels représentent une prise de conscience de mouvements désormais globaux. Il trace une ligne dans les musées de huit villes canadiennes puis dans dix-huit villes du monde en apposant au sol un ruban noir pour ainsi relier virtuellement tous ces lieux. Le projet Worldline, mondialement et simultanément mis en œuvre le 5 mars 1971, a donné lieu à une publication qui documente toutes les étapes de la réalisation du projet. Cette ligne virtuelle n’est pas moins réelle que les frontières entre les pays, les corridors aériens, les communications par satellite ou les coordonnées géodésiques. Elle manifeste une nouvelle forme de l’espace et du temps devenue abstraite avec la nouvelle société de communication globale. Worldline et Intercommunication Lines rendent manifestes ces lignes qui, configurant l’espace mondial, signent la fin des distances, compriment le temps tout en produisant d’importants mouvements sociaux, économiques et individuels.

Toujours d’actualité, les enjeux soulevés par les œuvres de Bill Vazan le sont dans un langage conceptuel dominé par la ligne. Celle-ci est éphémère ou imaginaire, tracée dans la neige, dans le sable ou même sur des cartes postales, bien que le plus souvent elle soit configurée par des déplacements. Si la ligne domine dans la pratique conceptuelle de Bill Vazan, c’est parce qu’elle lui permet de rendre visibles les liens qui unissent les choses entre elles, tant dans un territoire local que dans un système de communication mondial.

Biographie

Bill Vazan

Né à Toronto. Vit et travaille à Montréal. Reconnu à l’échelle internationale pour sa pratique du land art, Bill Vazan a également élaboré un langage conceptuel singulier et joué un rôle important…

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Publication

Bill Vazan: Walking into the Vanishing Point. Art Conceptuel

Cette première monographie consacrée à son travail conceptuel espère rendre compte d’une œuvre profonde, inventive et rigoureuse, laquelle n’avait pas encore fait l’objet d’une telle attention…

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Journal # 23 - 05.2007

Consultez le journal de l’exposition Bill Vazan. Walking into the Vanishing Point en ligne

ENTRETIEN AVEC BILL VAZAN
ANDRÉANNE C.-DESFOSSÉS ET CATHERINE HÉROUX

Dès la fin des années 1960, Bill Vazan entreprend la création d’une œuvre conceptuelle et processuelle captivante dont l’inspiration puise souvent dans son quotidien. Il associe la photographie et le texte pour exprimer des choses invisibles de la vie comme le temps qui passe, la pensée des gens, mais aussi, les variations de son poids. En ce samedi du 17 mars 2007, Bill Vazan nous accorde une entrevue où il accepte de nous révéler sa manière de travailler et nous parle de certaines œuvres qui, jusqu’à présent, existaient à l’état de latence : conçues et décrites dans les années 1960 et 1970 mais encore jamais réalisées et présentées. Ainsi, depuis plus de quarante ans, Bill Vazan n’a jamais cessé de créer puisque son art, c’est sa vie. Rencontre avec un homme dont l’esprit déborde d’idées.

Q : Qu’est-ce qui vous a conduit à vous intéresser à l’art conceptuel?

R : La réponse est complexe et peut même être contradictoire en ce qui s’applique à ma pratique. Cela a peut-être à voir avec le fait que je suis une personne de nature névrotique, compulsive et obsessive… Je n’ai pas produit d’objets d’art pendant dix ans – dû à un traumatisme psychique familial et non à une décision consciente ou intellectuelle –, une situation qui a façonné mon esprit tout en rendant manifeste mon rapport à l’ordre et à la répétition. Je n’avais ni studio ni beaucoup de temps mais j’étais motivé à formuler des idées qui m’aideraient à comprendre le monde autour de moi. À cette époque, certains artistes exploraient l’art issu de concepts ou de pensées abstraites mais l’art conceptuel n’était pas encore connu sous ce nom.

Q : Lors de la réalisation de vos projets, prenons pour exemple le projet Weight Loss (1961) qui consiste en la notation de votre poids au fil des jours, jusqu’à aujourd’hui, vous ne vous dites pas « je vais faire une œuvre conceptuelle »? Vos projets proviennent plutôt de la vie de tous les jours, de votre quotidien.

R : […] Les extraits de la vie quotidienne nous sont offerts comme des sujets trouvés et peuvent devenir les formes de notre art. C’est tout à fait possible de faire un travail à l’aide des composantes de son quotidien, mais cela représente une certaine difficulté de tracer une ligne entre ce qu’est l’art et ce qu’est la vie. Comment peut-on résoudre ce problème? Comment distinguer l’art de la vie? La réponse à cette question, pour moi, c’est que l’art existe quand on dit que c’est de l’art. Parce que autrement, c’est la vie. On a souvent abordé cette question et on y a aussi trouvé différentes réponses. Mon invention est peut-être d’avoir formulé cette idée que quelque chose de notre vie, qui n’est pas vraiment de l’art, devient de l’art quand on le met dans le contexte de l’art. […]

Q : Dans votre travail, on constate que les déplacements s’effectuent souvent en ligne droite; la ligne est aussi à la base de plusieurs de vos projets. Qu’est-ce qui explique son importance?

R : Dans le projet Worldline, c’est plutôt une ligne avec des angles puisque pour relier toutes les villes, pour créer des liens entre chacune d’elles et ainsi faire le tour du monde, il faut faire dévier les directions. Il s’agissait de faire des marques, plusieurs X sur une carte, à partir desquelles j’ai créé une ligne virtuelle. Un autre signe élémentaire dans ma pratique est le X, qui permet de se localiser sur une carte et dans le monde. C’est qu’en procédant au processus de réduction des éléments de ma pratique, j’en suis arrivé à me demander ce qui représentait le signe primaire pour moi. C’est la ligne qui précède toute forme : que ce soit le carré, le cercle, la sphère ou même une surface colorée. Je parle ici des éléments que l’on utilise pour construire une forme. Mais la ligne est également présente dans les gestes et la volonté de l’homme ou de la femme puisque, de toute évidence, son existence est tracée de manière linéaire. […]

Q : Qu’est-ce que représente pour vous cette exposition?

R : C’est pour moi une occasion de montrer de manière approfondie ce que je faisais pendant les années 1960 et 1970. J’ai déjà exposé Worldline, les parcours dans le métro, les tours en autobus et le projet Contacts, etc. Plusieurs œuvres sont inédites, ainsi celles relevant de la communication sociale et du processus telles que Weight Loss et Lifeline (projet consistant à envoyer pendant 1000 jours, entre 1970 et 1972, une nouvelle carte postale à Ian Wallace sur laquelle était systématiquement tracée une ligne d’une longueur d’un pouce). Cette exposition montre la tendance conceptuelle de mon travail de cette époque là. Mais, encore aujourd’hui, quelques traces de cette démarche conceptuelle persistent, même dans ma pratique du land art. […]

SÉQUENCES PHOTOGRAPHIQUES
SAADA EL-AKHRASS

La marche, le déplacement, le point de départ et celui de l’arrivée : chaque photographie de Bill Vazan offre l’occasion de faire un arrêt et de scruter son propre mouvement et son propre regard. La pratique photographique de l’artiste s’articule sur cette conscience, celle d’un individu qui pose ses yeux sur le monde. Cela non pas dans une volonté de le posséder, mais plutôt de le marquer par sa présence. Ainsi, la photographie documente le regard et les pérégrinations de l’artiste en plus de cadrer l’espace urbain et ses transformations. Selon un protocole rigide, elle capte un monde changeant – visible dans les séquences d’images successives –, et s’adresse à nous comme une réponse à notre propre mobilité. Cette succession d’images, accentuée par la manière dont l’artiste dispose les séquences dans l’espace, nous oblige à considérer le temps de façon linéaire.

Il faut insister sur la nature documentaire des photographies de Bill Vazan, qui se présentent comme le témoignage de ses déplacements multiples, de son passage. Elles deviennent la mémoire d’une intervention dans l’espace urbain en plus de rendre manifeste la durée des déplacements. Documentation du regard et archive d’un passage, ces photographies détiennent la mémoire d’un temps transitoire. D’un pas à un autre et d’un espace à un lieu spécifique, la conscience d’une appartenance à la réalité physique est également présente par la monstration du territoire local qui se déploiera dans l’espace mondial par le biais d’œuvres qui font usage des réseaux de la communication. Ce rapport avec « l’entre-deux » demeure systématique dans la pratique de l’artiste, considérant que chaque coin de rue, chaque carrefour, chaque station de métro, bref tous les temps d’arrêt constituent la majeure partie de son œuvre conceptuelle. De manière plus générale, Bill Vazan fixe le mouvement urbain, délivrant une autre conception du temps, celui qui s’arrête. Un moment pour respirer à travers les vibrations constantes des réseaux de tout ordre qui dirigent le cours de la réalité : les rues, les réseaux souterrains de la ville, etc.

Le travail photographique de Bill Vazan s’expose principalement comme un document à la fois intime et historique, qui rend compte du regard qu’il pose sur la réalité urbaine. À la fois subordonnées à un protocole rigoureux et à la narration symptomatique de la marche, les archives que constituent ces photographies démontrent que dans tout déplacement, l’individu occupe un rapport de positionnement constant avec son environnement.